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L’histoire d’Emile & Lea, créatrices de « simples pochettes », on peut dire que cela commence il y a un peu plus de trois ans, dans la maison familiale d’un petit village d’Isère, à mi-chemin entre Chambéry et Lyon : la Bruyère de Romagnieu. Il suffit parfois d’un déclic, d’un épisode de la vie un peu difficile pour se lancer. Et c’est exactement ce qui est arrivé, pour Emile comme pour Lea.

Après avoir achevé des études d’économie et travaillé quelques temps sans vraiment trouver sa place, Emilie choisit la seule voie qui la ressource vraiment, celle de la nature. Après un an de stages dans des fermes, elle s’installe donc à la Bruyère de Romagnieu, sur les terres inexploitées de ses grand-parents. 

La ferme d’Emile, c’est quelque chose de concret et d’éthique, un pas vers le calme et la Nature, une étape de plus sur sa quête de l’esthétisme. Les arbres, les fruits, l’eau, les fleurs... Retrouver l’origine des choses, mais aussi redonner vie au verger de Jacques, son papy, qui plantait déjà des framboisiers il y a longtemps. À 90 ans, on l’y surprend encore parfois, courbé, en train de planter deux poireaux hors des lignes. 

C’est d’ailleurs en partie de ce changement radical de vie que provient son surnom.  Emile, c’est le double visage d’Emilie, ce personnage ambiguë et complexe ; ce personnage élégant mais un peu maladroit, ce personnage impatient mais totalement adaptable, aux champs comme à la vie citadine, au poulailler comme à la fête ; ce personnage à la fois tellement féminin et masculin. Féminin, oui, car plein de charme, de sensibilité, et doté de ce beau sourire à fossettes. Masculin aussi car il n’a pas peur d’entreprendre des tâches physiques, de vivre seul, de défier les idées étriquées un peu comme le clown au cirque, un peu comme le peintre devant sa toile. 

Et pourtant l’artiste de l’équipe, c’est plutôt Elsa, Lea de son deuxième prénom, lui-même tout droit hérité de l’arrière grand mère Lea Reveyron ; la toute première de la lignée des femmes à siéger sur le banc de La Bruyère.

 

Lea, pour sa part, ce n’est pas le travail qui l’a faite chavirer vers ce projet, mais sa santé, ou plus précisément son - SCHWANOME une tumeur de trois centimètres de diamètre formée au niveau de ses cervicales il y a trois ans. La moelle épinière est compressée, tous les nerfs endommagés. Résultat : trois mois de douleurs horribles et de diagnostics bidons, une heure d’IRM pour six heures d’opération, dix jours d’hôpital et six mois d’arrêt de travail. On l’appelle la miraculée de la semaine car elle a failli perdre l’usage de ses jambes pendant l’opération et rester paralysée. C’est à ce moment là que l’architecte esquintée se met à dessiner le premier modèle de la collection Emile & Lea, debout devant le vieux buffet de la grand-mère, la nuque et l’esprit un peu endommagés.

Il faut dire aussi que cela faisait longtemps qu’Emilie et Elsa, les deux premières soeurs Beniada, en parlaient de ce projet. Devenir indépendantes et s’affranchir du quarcan de l’entreprise, allant souvent à l’encontre de la créativité humaine et de son harmonie. Créer un objet simple mais de qualité, coloré, vivant, beau et respectueux du savoir-faire des artisans qui l’assemble. Redonner du temps et de la valeur aux choses, aux êtres humains et à leur travail. Consommer moins mais mieux. S’écouter, créer en respectant ses valeurs, ses goûts, en essayant de se trouver soi-même au travers d’un projet commun, mené avec énergie et passion. Et puis transformer cette passion en force pour lutter contre les difficultés de la vie.

Cet amour commun pour les belles choses, les matières nobles, les tissus d’orient, les motifs, les couleurs, les voyages... Elles l’ont depuis déjà longtemps les soeurs Beniada. Ce goût semble venir à la fois de leurs débuts parisiens - période de l’adolescence où l’on se cherche - mais surtout de leur grand-mère Egyptienne, Mimi, née à Alexandrie. Une femme d’une extrême beauté, travaillant dans une boutique de luxe en face du Louvre, admirant et portant de belles choses, la quintessence de la féminité à l’orientale, saupoudrée de ses « r » roulés comme Dalida.

Enfin, l’idée de créer des pochettes, il faut l’avouer, ce n’est pas Lea qui l’a eue, c’est bel et bien Emile. Cet Emile et son esprit avant-gardiste, toujours à l’affut de nouvelles idées ; cet Emile qui souhaite vraiment changer le monde et notre façon de consommer ; c’est elle qui remarque que les femmes sont toujours bien habillées pour sortir mais que leur tenue est souvent ternie par l’accessoire porté. Petit à petit, elle arrive à convaincre Lea de dessiner la première pochette, mais aussi que le processus de fabrication doit évoluer. La séparation des lieux de production et de consommation contribue aux pertes massives d’emplois en France, à l’engagement d’une main d’oeuvre étrangère sous payée et peu considérée, à la disparition du savoir-faire français, mais également à la dégradation de l’environnement. 

 

Emile & Lea proposent donc une série de 40 pochettes confectionnées entièrement en France, à partir de cuir pleine fleur de tanneries Françaises et doublées de tissus haute couture de manufactures Iséroises datant du XIXème siècle. Leurs pochettes sont assemblées dans le bassin Auvergne Rhône Alpes et sont présentées dans une boîte faite main par une entreprise du nord de la France labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant ». 

En créant un produit simple mais de très haute qualité, elles espèrent ainsi redonner de la valeur aux choses et poser une pierre à l’édifice d’un monde qui change. Celui d’un monde où les entreprises françaises produisent localement et rémunèrent équitablement toutes les parties prenantes en réalisant un profit modéré. Celui d’un monde où la sauvegarde du savoir-faire français est une priorité.

En portant une pochette EMILE & LEA c’est une part de l’histoire passée et future que l’on revêt, c’est l’héritage français que l’on perpétue, c’est le modèle social français que l’on consolide.

A bientôt

EMILE & LEA